Mardi 29 janvier 2008
J'ai toujours voulu être prof ! Ma vocation provient d'un certain malentendu qui date de mon enfance : lorsque j'allais chercher ma mère dans sa classe, et que je
surprenais, la poitrine gonflée de fierté, les regards respectueux que ses élèves osaient lever sur moi, je sentais avec jouissance la position de supériorité de ma génitrice. Et
tandis que je pénétrais dans la salle de cours où elle promulguait de secs conseils aux cancres de service, en faisant crisser la craie sur la tableau noir, j'avais irrémédiablement intégré que
le petit cylindre blanc agissait comme un sceptre autoritaire qui devait m'apporter respect et gloire. Mon choix étant donc fait : j'allais être PROF!!!
Oui mais voilà... à l'époque les ZEP n'existaient pas. Dorénavant les rapports de force ont changé : maintenant la craie, on ne s'en sert pas comme matérialisation d'une culture supérieure ou d'une autorité indiscutable, mais les élèves nous la foutent dans le cul en nous marchant sur la gueule afin de sécher plus rapidement nos cours!
Mais là n'est pas le problème. J'ai toujours voulu être professeur car j'étais mue par une certaine considération socialiste et humanitaire du monde. Donc aujourd'hui, lorsque cette élève frêle et tremblante, sur qui j'avais passé mes nerfs puisqu'elle avait osé oublié son matériel, vint me voir, je n'en menais pas large:
"Madame, vous m'avez dit que je vous décevez, mais ... j'ai des problèmes à la maison... ce n'est pas pour me justifier mais, c'est juste pour vous dire..." et la gamine en question d'évoquer les problèmes de violence familliale qu'elle et ses soeurs subissaient de leur père. Confession intime, s'il en est. Que pouvais-je lui répondre : "Mais tu te fais tabasser la gueule? TANT MIEUX!! CA ME FERA UN ELEVE DE MOINS!!!" ? Ma fibre maternelle coincée quelque part entre le cul et la rate se réveilla...
Après avoir couru partout pour essayer de trouver une solution à cette gamine aux yeux mouillés de larmes, je m'aperçus que je ne pouvais rien faire. Rien. L'assistante sociale pouvait la recevoir, et mon rôle s'arrêtait là. Mais ce n'est pas l'assistante sociale qu'elle est allée voir en frissonnant, mais moi! Et je savais pertinemment, qu'elle ne voudrait pas débaler son linge sale devant cette nénette qu'elle avait du croiser trois fois en deux ans.
J'en parlai au professeur principal, à une collègue expérimentée... Rien.. "Fais-toi une raison, t'es pas assistante sociale!"
MAIS ON EST LA POURQUOI ALORS?!! Garder entre eux et nous un respect inébranlanble et les ignorer fatalement en passant la porte de la salle de cours ? Torturer les élèves et leur cracher à la gueule lorsqu'ils daignent enfin nous parler d'eux en toute confiance?
Mais je fais quoi moi au prochain appel à l'aide d'un élève ? Je le dirige ailleurs en le laissant dans sa merde ? Déjà qu'humainement j'aurais du mal à le faire mais d'autant plus dans ce taff, où je trouve important de tisser des liens de confiance avec les élèves.
Je ne suis pas un robot ni un bourreau, à quoi je sers, si je ne peux pas tirer mes élèves vers le haut, quand ils ont besoin de moi...
Oui mais voilà... à l'époque les ZEP n'existaient pas. Dorénavant les rapports de force ont changé : maintenant la craie, on ne s'en sert pas comme matérialisation d'une culture supérieure ou d'une autorité indiscutable, mais les élèves nous la foutent dans le cul en nous marchant sur la gueule afin de sécher plus rapidement nos cours!
Mais là n'est pas le problème. J'ai toujours voulu être professeur car j'étais mue par une certaine considération socialiste et humanitaire du monde. Donc aujourd'hui, lorsque cette élève frêle et tremblante, sur qui j'avais passé mes nerfs puisqu'elle avait osé oublié son matériel, vint me voir, je n'en menais pas large:
"Madame, vous m'avez dit que je vous décevez, mais ... j'ai des problèmes à la maison... ce n'est pas pour me justifier mais, c'est juste pour vous dire..." et la gamine en question d'évoquer les problèmes de violence familliale qu'elle et ses soeurs subissaient de leur père. Confession intime, s'il en est. Que pouvais-je lui répondre : "Mais tu te fais tabasser la gueule? TANT MIEUX!! CA ME FERA UN ELEVE DE MOINS!!!" ? Ma fibre maternelle coincée quelque part entre le cul et la rate se réveilla...
Après avoir couru partout pour essayer de trouver une solution à cette gamine aux yeux mouillés de larmes, je m'aperçus que je ne pouvais rien faire. Rien. L'assistante sociale pouvait la recevoir, et mon rôle s'arrêtait là. Mais ce n'est pas l'assistante sociale qu'elle est allée voir en frissonnant, mais moi! Et je savais pertinemment, qu'elle ne voudrait pas débaler son linge sale devant cette nénette qu'elle avait du croiser trois fois en deux ans.
J'en parlai au professeur principal, à une collègue expérimentée... Rien.. "Fais-toi une raison, t'es pas assistante sociale!"
MAIS ON EST LA POURQUOI ALORS?!! Garder entre eux et nous un respect inébranlanble et les ignorer fatalement en passant la porte de la salle de cours ? Torturer les élèves et leur cracher à la gueule lorsqu'ils daignent enfin nous parler d'eux en toute confiance?
Mais je fais quoi moi au prochain appel à l'aide d'un élève ? Je le dirige ailleurs en le laissant dans sa merde ? Déjà qu'humainement j'aurais du mal à le faire mais d'autant plus dans ce taff, où je trouve important de tisser des liens de confiance avec les élèves.
Je ne suis pas un robot ni un bourreau, à quoi je sers, si je ne peux pas tirer mes élèves vers le haut, quand ils ont besoin de moi...

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